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Nervous breakdown : Les Transports en commun, accusé levez-vous !

par Guillaume Boucharlat

Hier, je me suis pris une amende par un agent de contrôle des Transports en Commun de Lyon. Une sorte de parodie de John Wayne d’ailleurs, l’allure et la taille en moins, chewing-gum en bouche,  l’œil froid et satisfait du petit sadique remplissant sa contravention pour, soi-disant, punir « parce que c’est le règlement, monsieur », alors qu’en réalité, à l’approche des fêtes, cette espèce d’apôtre s’assure ses primes de fin d’année avec mon argent… Cette expérience (en plus de m’avoir énervé, parce que j’avais effectivement un ticket validé que je n’ai retrouvé que bien après dans une poche de mon manteau) m’a fait réfléchir quelque peu (oui, parce qu’une amende de 42 euros pour un oubli de 1,60 euros, ca fait réfléchir…)…

Les transports en commun sont une nécessité dans une ville. Ils présentent plusieurs avantages indispensables à son  bon fonctionnement et son développement. D’abord, parce que les transports en commun sont plus efficaces que les transports individuels  en termes de consommation d’énergie (en rassemblant dans un même véhicule, plusieurs passagers). Ils assurent ensuite une fluidité du trafic grâce à leur capacité de transport qui évite la congestion du trafic automobile en milieu urbain (un bus, par exemple, peut transporter plus de 60 personnes ; c’est autant de voitures en moins sur les routes). Ils sont aussi beaucoup plus rapides que les transports individuels, puisqu’ils bénéficient de réseaux de circulations séparés des voies de circulation individuelles. Il y a enfin beaucoup moins de risques d’accidents en transports en commun qu’en transport individuel (agressions mises à part).

Voilà, en gros, de quelle manière on peut nous vendre le service des transports en commun, sans compter  qu’utiliser ces transports coûte moins cher que d’utiliser sa voiture (les dépenses liées à l’utilisation d’une voiture sont assez élevées, environ 5 000 euros par an, ce qui explique que les transports en commun sont plus avantageux).

Les transports en commun sont donc plus écologiques, plus pratiques, plus rapides et moins dangereux. Ils représentent donc l’avenir de la circulation urbaine, et deviendront certainement sur le long terme le moyen de transport exclusif en ville.

Néanmoins la question du prix d’utilisation reste en suspens. Car, s’il est vrai que leur utilisation coûte moins cher que celle d’une voiture (c’est l’argument le plus utilisé quand on aborde le problème du prix du titre de transport), la plupart des personnes qui utilisent les transports en commun le font justement  parce qu’ils n’ont déjà pas les moyens de se payer une voiture. Car, en toute honnêteté, si on pouvait se payer le luxe d’éviter les rush en heure de pointe avec des métros saturés de mines tristes et fatiguées par une journée de travail pas toujours très bien vécue, en rentrant dans notre voiture, écoutant (certes dans les bouchons, mais bon, tranquille quand même) une bonne vieille chanson pour nous détendre, on le ferait. Malheureusement, nous vivons dans un pays où le permis de conduire coûte extrêmement cher. Ajoutez à cela la situation de crise qui n’autorise plus tout le monde à faire un prêt pour acheter une voiture neuve. Il faut donc se  reporter sur des voitures d’occasion qui demandent plus de frais d’entretiens et de réparations. Il faut ensuite l’assurer, cette voiture, et là encore ca coûte cher… Alors on l’assure au tiers, et l’accident arrive, alors comment fait-on? Encore dépenser… Et même sans en arriver là, cette voiture, il faut bien la faire rouler. Or, le prix de l’essence ne cesse d’augmenter, et ne s’arrêtera pas d’augmenter, vu que le pétrole va forcement disparaître, et qu’un produit en voie d’extinction est voué à devenir rare, et donc de plus en plus cher. Alors, l’argument des transports en commun moins cher que la voiture n’est pas un argument, c’est une évidence. Il aurait une valeur, si effectivement nous vivions dans une société qui nous laisse le choix. Ce qui a pu être vrai à une époque, mais qui ne l’est plus aujourd’hui. La majorité de ceux qui utilisent les transports en commun, le font parce qu’ils n’ont pas le choix. Dans ce cas là, on ne peut plus parler de service à leur égard. La notion de service s’efface quand il y a dépendance des usagés à ce même « service », qui devient alors une nécessité. Les transports en commun se servent donc d’arguments qui ne sont plus en adéquation avec la réalité pour nous vendre un service qui est en fait un monopole.

Ensuite, le prix en lui-même du titre de transport constitue un autre problème. Aujourd’hui à Lyon, le prix d’un ticket valable 1 heure correspond à 1,60  euros. C’est-à-dire que si vous l’utilisez pour partir de chez vous (même si vous habitez dans Lyon) en direction du centre ville, vous êtes à peu prés sûr de devoir en acheter un autre pour le retour. Ce qui nous fait déjà 3,20 euros. Si en plus de vos achats en centre ville, vous voulez les compléter par d’autres à un autre endroit dans Lyon; imaginons un trajet classique Place Bellecour – Centre commercial de la Part-Dieu qui vous oblige à prendre une correspondance pour y arriver, vous devrez sûrement acheter un autre ticket, soit un total de 4, 80 euros. Si toutefois vous essayez de faire ce trajet avec les quelques minutes de validité qu’il reste à votre premier ticket, sachez que s’il se périme en route et que vous rencontrez les contrôleurs en chemin,  ils  seront sans pitié (et vous entendrez cette phrase magnifique : « C’est le règlement monsieur… », pas très loin d’ailleurs d’un célèbre « Je n’ai fait qu’obéir aux ordres… », et qui se désintéresse complètement de l’attente interminable liée à votre correspondance qui vous a fait perdre les précieuses dernières minutes de validité de votre ticket). Répétez cette opération tous les jours de la semaine, et cela vous en coûtera 33,6 euros. Et donc 134,4 euros par mois. Ce qui est objectivement une honte, quand on sait que la plupart des personnes qui utilisent les transports en commun sont des gens qui n’ont pas beaucoup de moyens. Car ce budget, additionné aux classiques abonnements téléphoniques (29 euros en moyenne, sans compter les hors-forfaits), internet (39 euros en moyenne), au loyer (entre 350 et 450 euros en moyenne) et  le budget nourriture ( de 80 euros en moyenne), vous fera dépenser prés de 700 euros par mois rien que pour des services, pas toujours de très bonne qualité d’ailleurs… Les abonnements téléphoniques sont calculés pour vous perdre dans des offres compliquées qui vous font tomber rapidement dans le hors-forfait, internet chez n’importe quel opérateur débloquera inévitablement à un moment, et accrochez vous pour obtenir une assistance téléphonique, votre propriétaire sera toujours là pour vous rappeler en temps et en heure un retard de paiement, mais vous pouvez toujours attendre pour qu’il répare des avaries dans votre appartement; niveau nourriture, le discount permet d’acheter moins cher mais c’est sans compter sûr une grosse baisse de la qualité des produits que vous mangerez, et pour finir, si les transports en commun assureraient une vraie qualité de transport, les gens souriraient peut-être un peu plus à l’intérieur…

Alors, je sais, pour revenir au prix du ticket, on me répondra que c’est pour ca que TCL a mis en place un système d’abonnement pour les utilisateurs réguliers (un abonnement coûte en moyenne 40 euros par mois). L’abonnement baisse ainsi le prix du ticket à 0,60 euros (en imaginant qu’on en utiliserait deux par jours). Les gens fonctionnent donc en majorité par abonnements. Ce qui veut dire qu’ils suffisent à TCL pour faire de l’argent. Le ticket à 1,60 euros n’est donc là que pour faire du profit en plus. Sauf que, même avec votre abonnement, si vous avez le malheur d’oublier de le valider dans le tramway par exemple (alors qu’il est en cours de validité), vous pourrez bien le présenter à John Wayne, il vous répondra avec un aplomb formidable : « Vous êtes en infraction monsieur. Veuillez me présenter votre pièce d’identité… ». Ce que je veux dire par là, c’est qu’il se cache en fait derrière une société de service (TCL), une volonté malhonnête de faire un maximum de profit sur des personnes dépendantes à ce service à cause de difficultés financières. Je me souviens par exemple d’une fois où je n’avais pas pu prendre mon abonnement étudiant parce que nous étions en début d’année, et que la faculté trainait à m’envoyer mes certificats de scolarité. Je fonctionnais donc avec des tickets. Un jour, alors que j’accompagnais ma femme à la gare, nous étions en retard et je n’avais pas eu le temps de prendre un ticket (j’ai une carte Electron qui met un siècle à acheter un ticket sur les bornes). Nous prenons le métro, et je me dis que, de toutes manières, j’en prendrai un après l’avoir accompagnée jusqu’au train qu’elle n’était pas du tout sûre d’avoir. Sauf que, manque de chance, contrôleurs sur le chemin… Pas de ticket, chewing-gum, air sadique, sanction, amende. Quand vous êtes étudiant, que vous avez travaillé tout l’été pour vivre un peu mieux le reste de l’année et qu’on vous prend 40 euros de cette manière là, j’ai du mal à considérer cela autrement que comme du vol. Parce qu’il y a quand même un fossé énorme entre le prix d’un ticket, et le prix de la sanction (pour rappel, le ticket est à 1,60 euros, l’amende à 42euros, et passe à 80euros, si vous ne payez pas sous sept jours). D’autant plus que le prix de l’amende ne varie jamais en fonction de votre statut (un collégien va payer son amende aussi cher qu’un salarié). Sous prétexte donc de punir un oubli, cette sanction est en fait clairement la volonté de faire de l’argent. D’ailleurs la colère que j’ai laissé exploser au bureau des infractions a laissé le responsable TCL en face de moi (à bout…) me lâcher cette phrase à la fois formidable de sincérité, mais terriblement vraie : « Qu’est ce que vous voulez monsieur, nous sommes dans une société de consommation ! Et pour consommer, il faut de l’argent, alors si on doit en faire sur le dos des gens, et ben, c’est sur le dos des gens !… » (Véridique au mot prés). Le seul problème, c’est qu’il faut bien voir sur quelle catégorie de personne ils font de l’argent. J’ai bien vu quelles personnes faisaient la queue au bureau des infractions. Et c’est loin d’être les plus riches, et c’est loin d’être des voyous. Alors faire de l’argent, c’est vrai qu’aujourd’hui tout le monde ne pense qu’à ca, mais sur des gens qui n’en ont déjà pas beaucoup, et en se servant de l’excuse d’un règlement qui ne prend pas en compte les difficultés et les aléas de la vie quotidienne, qu’on ne me fasse pas croire que ce règlement est le fruit d’une morale. Il est simplement une excuse formidable pour voler de l’argent à des gens qui n’en ont déjà pas beaucoup.

Alors oui, les transports en communs sont l’avenir du déplacement urbain. Mais déjà aujourd’hui beaucoup de gens en dépendent. Ce n’est donc plus un service, c’est une nécessité pour des personnes sans grands moyens qui sont pris en otages par des tarifs élevés et une politique de sanctions sévère et abusive qui utilise comme une marionnette un règlement soi disant moral pour vous prendre en fait un maximum d’argent. Aujourd’hui ce mode de fonctionnement ne devrait plus être. Dans une société en crise, l’entreprise qui monopolise l’ensemble des transports urbains devrait les proposer gratuitement pour pouvoir dire qu’elle propose un service (six villes françaises ont d’ailleurs déjà mis en place la gratuité totale des transports en commun : Colomiers (près de Toulouse) et Compiègne (Oise), la pratiquent depuis les années 70, plus récemment, les municipalités de Vitré (Ille-et-Vilaine), Châteauroux et Issoudun (Indre), ainsi que Mayenne (Mayenne) se sont lancées dans l’aventure). D’autant que plus de publicité dans les transports permettrait de compenser le manque à gagner de la vente des tickets. Refuser de changer les choses, c’est continuer de prendre en otage les citadins dépendant d’un mode de transport, et empêcher ceux qui se déplacent individuellement d’avoir une conduite plus écologique. Ne pas évoluer, ce serait assumer de la part des TCL  une logique froide de profit et d’exploitation d’une clientèle sans grands moyens.

Dans : Guillaume BOUCHARLAT,société
Par unjourlactualite
Le 11 novembre, 2009
A 17:36
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